État des lieux
Selon une enquête de l’UNICEF, 21% des femmes âgées de 15 à 49 ans en République centrafricaine ont subi des mutilations génitales féminines (MGF), sous quelque forme que ce soit. La majorité étaient âgées entre 6 et 12 ans lors de l’intervention.
Bien qu’elle peut avoir de graves conséquences sur la santé des femmes, l’excision n’est pas toujours perçue comme une pratique dangereuse ou une violation des droits humains au sein des groupes qui la perpétuent. Elle est souvent considérée comme une étape essentielle dans l’éducation des jeunes filles et un moyen d’assurer leur mariage.
Projet GENRE III
Malgré le fait que les MGF soient illégales en République centrafricaine, leur pratique continue dans de nombreuses communautés. Le projet GENRE III, avec un budget de 6 100 000 euros et une durée de trois ans, vise à appuyer le gouvernement et les acteurs communautaires à inverser cette tendance.
Financé par le Fonds Bêkou, le projet apporte une assistance holistique aux survivantes de violences basées sur le genre. Il assure des services psycho-sociaux, juridiques et médicaux, ainsi que des campagnes de sensibilisation sur les droits humains, notamment sur les conséquences de l’excision.
Lucie, mère de huit enfants dont quatre filles, témoigne de l'acceptation de ces pratiques dans sa communauté dans le 3e arrondissement de Bangui. Excisée enfant, elle affirme ne jamais avoir souffert de problèmes de santé liés à son excision et elle a elle-même fait exciser trois de ses filles. Pour elle, cette pratique est une étape cruciale, marquant le passage d’une fille à une « vraie femme », prête pour le mariage.
Cet avis est partagé par Anna, 47 ans, infirmière dans le même arrondissement. Il y a trois ans, elle complétait ses revenus en pratiquant l’excision, bien qu’elle n’ait jamais été elle-même excisée. Aujourd'hui, elle a cessé cette activité en raison de son illégalité. Cependant, elle reste peu informée sur les raisons de cette interdiction et croit que l'excision, si réalisée sous anesthésie et avec suivi médical, n'est pas dangereuse.
De son côté, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) condamne fermement la médicalisation de l’excision qui, selon elle, légitime cette pratique néfaste et viole l’éthique médicale. Selon l'OMS, les MGF ont de sévères conséquences physiques et psychologiques, incluant des problèmes urinaires et menstruels, des complications durant la grossesse et l’accouchement, et des risques d’infections ou de saignements mortels. De plus, les femmes excisées rapportent souvent des douleurs et une diminution du plaisir sexuel.
Sans oublier que les MGF violent un certain nombre de droits humains (le droit à l’intégrité physique et mentale, le droit universel à la santé, le droit de ne pas subir de discrimination fondée sur le sexe, les droits de l’enfant, le droit de ne pas subir de traitements cruels, inhumains et dégradants, le droit à la vie et le droit à l'expression de l’opinion).

Le Code pénal de 2010 en République centrafricaine pénalise les mutilations génitales avec des peines allant jusqu'à cinq ans de prison ou des amendes significatives. Toutefois, les MGF médicalisées et celles pratiquées à l'étranger échappent à cette loi. Malgré une légère baisse du taux d'excision, l'application effective de la loi reste un défi. Le gouvernement centrafricain s'engage activement contre les MGF et les violences basées sur le genre.
Par ailleurs, le Réseau des psychologues centrafricains (REPCA) intervient activement dans les communautés où les MGF sont une norme sociale, luttant contre la discrimination des femmes non-excisées. À Bangui, le REPCA offre une aide psycho-sociale, notamment en proposant des activités génératrices de revenus (AGR) aux femmes et personnes vulnérables, et organise des campagnes de sensibilisation sur les droits humains, mettant un accent particulier sur la prévention des MGF.
Les experts du REPCA travaillent aussi à promouvoir l’alphabétisation et l’autonomisation des femmes. En parallèle, ils sensibilisent les chefs de quartier sur les dangers des MGF. Flore Njazo Ngbongo, coordonnatrice du REPCA, souligne l'importance de l'éducation pour changer les perceptions culturelles sur l'excision. En partenariat avec le ministère des Affaires sociales, le REPCA s'efforce d'intégrer la problématique des MGF dans les programmes scolaires du pays.

Une lueur d’espoir
Malgré les défis, il y a un sentiment d'espoir comme le montre le témoignage de Lucie qui, face à l'évolution des lois et des mentalités, hésite à faire exciser sa dernière et quatrième fille. Quant à ses filles aînées, elles ne pensent pas perpétuer cette tradition.
La sensibilisation croissante, l'implication communautaire et l'autonomisation des femmes sont des signes positifs d'un changement durable. Le projet GENRE III est un pas en avant dans cette lutte essentielle pour les droits humains et l'égalité des sexes en République centrafricaine.
Les prénoms des personnes citées dans cet article ont été changés par mesure de protection.